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Bibliothèque départementale des Hautes-Alpes

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Depuis la parution de son premier roman, Le Tiroir à cheveux, aux éditions POL, Emmanuelle Pagano tisse une œuvre ambitieuse et sensible. Longtemps marqués par la douleur, la cruauté ou les désillusions, ses livres, toujours portés par une langue magnifique, semblent accepter désormais une part plus lumineuse. Nous vous proposons un parcours en quelques titres :

pagano le tiroir a cheveuxLe Tiroir à cheveux - P.O.L., 2005

Le Tiroir à cheveux raconte l’histoire d’une très jeune femme et de ses deux enfants dont l’un, Pierre, est handicapé, retardé à la suite d’un accident cérébral. Cela se déroule dans une petite ville du Sud. Le père de la jeune femme est gendarme. Très jeune, elle a été enceinte, une première fois, puis une deuxième. C’est, comme on dit, une mère célibataire. C’est parce qu’elle a voulu cacher sa première grossesse puis retarder au maximum le moment d’aller à l’hôpital que son enfant est anormal. Elle travaille chez un coiffeur, elle aime beaucoup toucher les cheveux, les caresser, les coiffer. D’ailleurs, Pierre a des cheveux magnifiques.

On comprend peu à peu que les parents de la jeune femme veulent l’obliger à placer Pierre dans une institution spécialisée. Et on comprend aussi qu’elle ne le veut pas, qu’elle résiste de toutes ses forces.

Ce livre est la description de sa vie dans ce village, avec ses enfants, comment elle s’organise matériellement, comment elle supporte et transforme en amour l’horreur et la fatalité, ses combats quotidiens, son indépendance farouche. Il est rythmé, écrit d’une belle manière fluide qui sait capter les sensations et les sentiments l’air de rien, sans effets trop visibles, mais avec beaucoup de précision et de proximité.

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LPagano mains gamineses Mains gamines - P.O.L., 2008

Les Mains gamines est le troisième roman que nous confie Emmanuelle Pagano. Comme ça, à première vue, ce titre plaisant, presque charmant, semble annoncer une histoire agréable et poétique, pleine d’enfance. Et, de fait, l’enfance est présente dans ce livre et une certaine forme de poésie n’en est pas absente – une forme étrange d’ailleurs, qui, tout en évitant soigneusement la métaphore, fait surgir à l’esprit du lecteur des images, des couleurs et des atmosphères souvent splendides.

Mais, en réalité, Les mains gamines raconte une histoire terrible. Celle d’une enfant qui pendant une année scolaire tout entière, en CM2, est tous les jours systématiquement violée par les garçons de sa classe – tous les garçons sauf un. Ils sont trop petits sans doute. Alors ils se serviront de leurs mains.

Aujourd’hui, le temps a passé. Elle est domestique de l’un de ses anciens tortionnaires. Elle écrit dans un carnet, elle essaie de dépasser cette histoire qui est aussi un secret collectif, elle n’y arrive pas, elle y revient toujours allant même jusqu’à suggérer à son patron d’organiser une fête avec tous les anciens de la classe…

Quatre personnages, porteurs conscients ou non de ce secret, vont tour à tour nous permettre d’en prendre la mesure. Des femmes, seulement des femmes, des femmes qui se sont tues alors qu’il aurait fallu parler, ou qui ne savent pas mais se doutent, comprennent et spécialement dans leur corps, par leur corps, que quelque chose est là tout autour qui ne peut se dire.

À travers de très habiles et très émouvants flux de conscience, Emmanuelle Pagano à la fois révèle le secret et en décrit l’enfouissement. Elle le fait dans une langue magnifique et implacable, précise, sensuelle.

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pagano renardUn renard à mains nues - P.O.L., 2012

La quatrième de couverture écrite par Emmanuelle Pagano résume parfaitement ce très beau recueil de 34 nouvelles : « Les personnages de ces nouvelles ne se trouvent pas au milieu du récit, ils marchent dans les marges, se tiennent au bord de leurs vies, de leur maison, de leur pays, au bord des routes, à côté de leurs familles, de leur mémoire, à la lisière de l'ordinaire et de la raison, comme il leur arrive de faire du stop : au cas où on s'arrêterait pour les prendre. Je les ai pris dans mon livre. »
Et, en effet, il s'agit de marginaux dans ces textes, mais de marginaux discrets, la plupart du temps, qui ne manifestent ni ne revendiquent rien d'autre que le droit d'être là et ne sont différents que par le regard des autres. Celui d'Emmanuelle Pagano est empathique, certes, mais il est aussi généreusement précis, sensuel, lucide.

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pagano nouons nous2Nouons-nous - P.O.L., 2013

Extrait de la quatrième de couverture : "L’amour plus des copeaux de bois, du produit pour les vitres, une clochette, du shampoing, des oiseaux, des écharpes, des appareils photos, des ponts, des cordes, un vélo, des instruments de musique, une canne à pêche, des brosses à cheveux, des fusils de chasse, des livres, des gélules, du carton, des lampes, des agates, des élastiques, une malle, des fruits, des lentilles de contact, des échantillons, des bateaux, des pansements, de la peinture, des arbres, des agendas, un mouchoir en tissu, du liquide vaisselle, des box, du scotch, des ballons, du savon, des soldes, une mouillette, des connexions internet, des marées, des archives, des paquets cadeaux, une pince à épiler, du mica, des mains courantes, des trams, un faon, des maquettes, un vaporisateur d’eau, des cours de médecine, des montres, des coussins brodés, des plumes, des clés, un chat, du sel, des écorces, des poupées, une émeraude, des avions, un foulard, des fleurs, des manèges, des téléphones, des crayons de couleurs, des boîtes aux lettres, une fève, des tatouages, des télés, des cartes, des miroirs, un kit de couture, des mathématiques, des chaussures, des poissons, des valises, des jeux de société, un éboulis de pierre, des bouchons auriculaires, des carnets, des bocaux en verre, des calendriers, des pantins, une table de mixage, des grains de sable, du yoga, des poids en laiton, des éclairages automatiques, un aspirateur, des trains, des fagots, des éoliennes, des insectes, et une pelote de fil."

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pagano ligneLigne & Fils, Trilogie des rives (I) - P.O.L., 2015

Ligne & Fils suit la destinée compliquée d’une famille de mouliniers ; il y est beaucoup question d’eau, d’eau et de roches, mais aussi de fil – et pas n’importe lequel, le fil noble, le fil de soie – et d’une carte postale. Plusieurs lignes, plusieurs fils narratifs se nouent : l’histoire d’une industrie, l’histoire douloureuse d’une famille, quelques incursions du côté de la contre-culture hippie, l’histoire européenne enfin, en filigrane, à travers la vie des réfugiés.
L’angoisse de mort par déshydratation ou par noyade constitue une sorte de point aveugle de ce roman, où la narratrice cherche désespérément et confusément à renouer avec son fils. Le fil, le fils, la Ligne (une des rivières porte ce nom), la lignée, tissent une trame romanesque dans laquelle les détails du tissu, les innovations techniques, les mouvements imprimés au fil par l’eau vive (filature, torsion, texturation), entraînent les gestes millénaires qui occupent les mains des personnages, les rotations et les remous, les descriptions de la faune et de la flore, les rêveries le long des rives, remplacent les paroles qui n’ont pas été dites.

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Pour en savoir plus : Dossier « Les dévoilements cachés d'Emmanuelle Pagano », revue Le Matricule des anges, n° 96, 2008.


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