Luis Nilta-Bergo est un jeune homme hémiplégique, rejeté par sa famille mais qui, envers et contre tout, devient un chef d’orchestre mondialement reconnu.

Frédérique Deghelt, grâce à une documentation fouillée et par son écriture précise, riche et très agréable à lire, nous fait rencontrer des grands noms de la musique : Astor Piazzolla, dont une de ses  œuvres a donné le titre de ce roman, Lalo Schiffrin, compositeur de musique de films, Sergio Celibidache, grand chef d’orchestre, et bien d’autres artistes encore. Mais ce n’est pas un livre sur la musique et les musiciens uniquement, c’est aussi une histoire d’amour entre notre maestro et sa femme, la réflexion d’un homme sur son parcours pour le moins atypique, la difficulté de vivre « normalement » quand on est considéré comme quelqu’un d’ « anormal » parce qu’on boîte et qu’on bafouille. Et c’est aussi la réalisation d’un projet fou, celui de créer un « orchestre du monde » qui jouerait dans les pays en guerre ou ayant subi une catastrophe naturelle (ils joueront dans les camps de réfugiés en Syrie et à Haïti par exemple). La musique prend ici une dimension sociale et fédératrice.

Un mot aussi sur la construction de ce roman : c’est un roman choral où alternent les réflexions à la première personne de notre Luis, ses échanges épistolaires avec sa fille, le journal de bord de la journaliste qui projette de faire un film documentaire sur ce personnage, leurs multiples entretiens passionnés et passionnants.

Tout l’art de l’auteur est de mêler astucieusement ces différents points de vue et analyses sans perdre le lecteur et mieux encore, elle nous  captive et nous passionne avec ce texte, qu’on ait 15 ans ou … plus !

 

Elodie Para, Bibliothèque départementale

Libertango / Frédérique Deghelt.- Actes Sud, 2016

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